L’agriculture de conservation des sols : un sujet émergent de discorde ?

Quelle est la santé actuelle des sols en France et dans le monde ? Quelles sont les solutions pour arrêter leur dégradation ? Bourguignon vs Denhez : deux approches irréconciliables de l’agriculture de conservation ?

Lydia et Claude, photo issue de l’interview de La Voix du Nord concernant la conservation des sols
Lydia et Claude Bourguignon, photo issue de l’interview de La Voix du Nord

L’agriculture de conservation d’après les Bourguignon

Claude et Lydia Bourguignon sont, depuis des années, les pionniers français de la conservation du sol. Ils ont creusé plus de 9 000 fosses dans les vignobles à travers le monde pendant leur carrière. Depuis 1989, au travers du laboratoire LAMS (Laboratoire d’analyses microbiologiques des sols) qu’ils ont fondé, ils accompagnent les domaines dans leur conversion en bio ou biodynamie en formant le personnel.

Ils plaident pour une agriculture la plus naturelle possible, c’est-à-dire une agriculture sans engrais, sans labours, sans pesticides.

En effet, avec leur passion qui est aussi leur métier ils ont pu arriver à des conclusions plutôt déconcertantes concernant la viabilité des sols français et aussi des sols dans le monde.

Le problème, c’est la disparition des sols à cause de l’érosion. Cette érosion causée par une agriculture intensive, le retournement de la terre et la perte de microorganismes dans le sol.

« La France a perdu 90 % de sa faune du sol depuis l’après-guerre, tous ces micro-organismes et ces vers de terres indispensables à la vie. […] C’est l’érosion, les sols partent dans les cours d’eau, puis vers la mer. C’est perdu. »
Claude Bourguignon
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L’état des sols aujourd’hui

Agriculture intensive qui détruit les sols

La situation est claire : les sols sains disparaissent à cause de l’agriculture intensive.

D’après eux le problème vient des mentalités de la société. En effet, le gouvernement ne favorise pas les agricultures de reconversion (pas assez d’aides financières, pas de campagnes sérieuses, …).

De plus, il est encore difficile pour les agriculteurs de pouvoir reconvertir leurs sols et pouvoir arrêter l’utilisation d’herbicides (le glyphosate en particulier).

Par ailleurs, d’après eux, le modèle de petites plantations est menacé par l’arrivée massive de grands distributeurs. L’agriculture intensive produit beaucoup plus et donc rapporte plus. L’intérêt économique passe avant tout, même avant la santé du sol.

Ils ont cependant de l’espoir dans le domaine viticole, en effet, c’est un domaine où le rendement est moins important que la qualité, cette qualité se traduit par la bonne santé de son sol.

«La seule filière rentable est celle du vin parce qu’elle a abandonné la notion de rendement. »
Claude Bourguignon

Y a-t-il des solutions et de l’espoir ?

Les Bourguignon n’ont pas de solution miracle pour sauver le sol.

C’est ce que semble reprocher Frédéric Denhez, écrivain, journaliste et écologue, dans son livre Le sol : enquête sur un bien en péril. Dans cet ouvrage, il milite pour la conservation des sols et propose des solutions pour arrêter leur destruction massive. D’après lui, les Bourguignon, même s’ils ont pu être des acteurs phares dans la conservation et la connaissance du sol. Toutefois, Denhez pense qu’ils n’ont pas réussi à donner une solution concrète.

À l’inverse, l’auteur veut de son côté parler des tabous, son objectif est d’être sans filtre. En effet, d’après lui, Lydia et Claude sont un peu trop simplistes et pessimistes dans leurs conclusions. Supposant que les conclusions sont hâtives et peuvent être mieux élaborées, avec des solutions à la clé.

Photo de profil Twitter Frédéric Dehnez
“Si l’on augmentait de 0,4% la teneur en matière organique des sols de la planète, ceux-ci seraient capables d’absorber la totalité du carbone que nous émettons chaque année dans l’atmosphère”
Frédéric Denhez, "Le sol : enquête sur un bien en péril"
Designer

Les questions demeurent : L’agriculture intensive aujourd’hui est-elle fondamentalement mauvaise, ou est-ce juste une évolution vers « produire plus pour gagner plus » ? Faut-il attendre que la terre s’adapte ? Est-ce qu’il faut revenir aux anciennes pratiques, mais produire moins ? Ou encore, est-ce qu’il est possible aujourd’hui d’évoluer vers une production massive tout en conservant la santé du sol ?

Sources et informations supplémentaires :

  • “Permaculture : Les Bourguignon, ardents défenseurs d’une agriculture sans engrais, labours ni pesticides”, 03/06/2019 : La Voix du Nord.
  • Laboratoire de Lydia et Claude: LAMS
  • En savoir plus sur Frédéric Denhez: sa bibliographie
  • Son compte Twitter
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